MESURER VS ÉVALUER

D'après un chapitre de la page « Théorie et Faits » qui a été censurée sur wikirouge car considéré elle a été considéré comme « débilité pro-Raoult »

« En général, on confond mesurer et quantifier. On ne peut pas quantifier la dureté, mais on peut mesurer le coefficient de dureté d'un matériau en déterminant son rang dans une classification générale bien ordonnée. » (T'en Poses Des Questions)

Et, on confond également mesurer et évaluer.

Ce qui se présente comme un système d’évaluation s’avère être un mode de mesure et de jugement automatisés.[44]

En effet, le sens du mot « évaluer » dans la langue des politiques et des scientifiques des démarches fondés sur les faits est en réalité une mesure afin de comparer et de sélectionner ce qui est efficace selon eux.

Ce « système dévaluation » a pris naissance avec la cybernétique dans les années 50. Les archivistes-informaticiens se sont posés la question de comment retrouver les articles scientifiques (méta-analyses) les plus utiles parmi la masse d'informations qui s'accumulent sans cesse. Mais, cette bonne intention a été vite détournée.

On a commencé à « évaluer » les universités et les professeurs c'est à dire mesurer leur performance d'après le nombre d'articles bien classés selon la dite « évaluation par les pairs » (Peer Review). Cela a donné aussi naissance dans les années 70 au « démarches fondées sur les preuves » (Evidence based) qui touchent d'abord la medécine (EBM) puis vont s'étendre partout jusqu'à aujourd'hui dans l'éducation. Cette pratique politique s'est durcie à partir des années 80 jusqu'à aujourd'hui.

L'« évaluation » est ainsi devenue une obsession chez des scientifiques (Franck Ramus) et les politiques.

Or, Émile Jalley pense que le terme d'« évaluation » utilisé en « psychologie scientifique » et par le ministère de l'éducation nationale français a été « importé de l'anglais pour remplacer ce qui s'appelait jadis tout simplement jugement de valeur ».

L'évaluation dans le sens de l'Evidence based issu du monde anglo-saxon est le jugement de valeur soit la mesure de l'Être.

Dans ce sens,

« La pratique d’évaluation s’inscrit dans l’histoire de la mesure. Au croisement du positivisme scientifique, de l’économie de marché et des États, « on retrouve la systématisation de la “mesure” comme norme objective permettant de penser le monde en chiffres » (Pillon & Vatin, 2003, p. 161). Les principes d’efficience et de justice justifient un esprit métrologique, caractéristique de la modernité. Max Weber (2000) observait déjà, il y a un siècle, la montée de ce pouvoir dont la légitimité est « rationnelle légale ». La mesure du temps, de l’espace, des populations et des marchés prend son essor simultanément à la monétarisation de l’économie. Celle-ci « objective » par l’abstraction d’un chiffre, la valeur des choses et vise à la diffusion d’une vision quantitative du monde (Simmel, 1999). » [44]

Or, Une authentique évaluation fait référence au « jugement logique » de l'objet d'étude - dans un cadre théorique donné (concret pensée) selon le logicien Alexandre Zinoviev.

Je vous envoie également au « jugement » définit dans sa complexité dans le Manuel (1947) et le Cours (1986/1954) d'Armand Cuvillier, .

Ainsi, une authentique évaluation, OBJECTIVE et FIGURATIVE, n'est pas un jugement moral/de valeur (abstrait).

En effet, dans son livre Détection et développement des talents en entreprise (ISTE, 2017) l'entrepreneur anthropologue et sémiologue Yves Richez montre que l'on confond en occident la mesure et l'évaluation.

<strong>Ainsi, d'un point de vue scientifique l'évaluation est un « jugement logique » (Alexandre Zinoviev).</strong>

Par conséquent, évaluer n'est pas mesurer.

Une authentique « évaluation » est en fait un « principe [dialectique] d'appréciation d'écart(s)».

C'est comme le dit justement Éveline Charmeux sur son blog : Évaluer c'est « faire le point » www.charmeux.fr="" blog="" index.php?2020="" 02="" 19="" 417-evaluer-ou-faire-le-point"="">[45]">http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2020/02/19/4...">http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2020/02/19/4...

Pour citer le sémiologue et entrepreneur Yves Richez (ISTE, 2017) :

  • « L'évaluation implique un passage à l'acte, là où la mesure peut se contenter de constat ».
  • « La mesure implique en implicite une norme (donc la forte probabilité d'une courbe de Gauss) ».

Il est intéressant de rappeler chez Alfred Binet que

« le mot mesure n'est pas pris ici au sens mathématique... il y a là tout un système d'évaluation que nous croyons nouveau et dont nous n'avons pas le temps d'exposer les principales conséquences philosophiques » (Binet cité par René Zazzo).

L'adaptation des tests de Binet par Ovide Decroly et Amélie Hamaïde est flagrante sur ce point. Cela jure vivement avec les pseudo-évaluations de l'éducation nationale et des démarches fondées sur les faits et de leurs hypothèses sorties du chapeau à valider.

La mesure au sens mathématiques (statistiques, géométrique) fige en effet pour tout temps et tout lieu un état/une forme au moment du test en faisant fi de l'espace (milieu) et du « modus operandi sous-jacent au processus ».

Ainsi, chez les politiciens et les prosélytes de l'Evidence based

« l'évaluation s'amalgame avec la mesure, car elle ne fait plus confiance aux formes du 'regardé' et à l''appréciation' des écarts. Elle préfère la « vue » du « chiffre », car elle ne souffre pas de « discussion » : la mesure rassure par sont « arrêté », là où l'évaluation inquiète par son « approximation » (et donc peut-être sa possible « subjectivité »). Or il a autant de subjectivité dans la mesure qu'il pourrait y en avoir dans l'évaluation, car c'est l'intention et l'usage du professionnel qui « subjectivent » l'évaluation elle-même. » (YR)

Effectivement, comme le rappelle déjà Henri Wallon :

« entre l'objet à mesurer et la mesure, il faut choisir, Si c'est elle qui l'emporte dans l'esprit du chercheur, il saura seulement dire de l'objet qu'il est conforme ou non. Sa connaissance sera donc ou purement négative, pour l'objet auquel la mesure ne convient pas, ou strictement réduite pour les autres, à ce que la définition de la mesure peut contenir de positif ».

Mesurer cherche à ressortir par la technique (étym : art et manière d'être) et le contrôle les sacro-saints savoirs être-dire-faire (noumène, logos, techné) en soi par rapport à une norme pré-déterminée.

Évaluer permet de faire le point à un moment donné et de mettre en lumière des « modes opératoires » (YR) afin de réduire l'écart avec le résultat escompté selon sa singularité par divers chemins stratégiques.

Une évaluation s'appuie sur les compétences « en tant que mode opératoire intentionnel » et non pas sur « un savoir, c’est-à-dire une représentation conceptuelle arrêtée sur elle-même »[46]